Les ZFE font baisser la pollution, mais beaucoup moins qu’on ne le dit. L’Insee a publié le 27 août 2026 la première mesure solide de leur effet. Dans les métropoles étudiées, les émissions d’oxydes d’azote des voitures ont reculé de 38,9 % en cinq ans. Les restrictions de circulation n’expliquent que 4,6 points de cette baisse. Le reste vient d’un mouvement que rien n’arrête : les vieilles voitures partent à la casse et les neuves polluent moins.
Le résumé en 70 secondes
Ce que l’Insee a mesuré
L’étude s’appelle « Les ZFE renforcent le verdissement du parc automobile et contribuent au recul de ses émissions polluantes ». C’est le numéro 124 de la collection Insee Analyses, signé par Jonathan Garson, Clément Malgouyres et Maxime Tô, chercheurs au Crest, et par Corentin Trevien, de l’Insee.
La méthode est simple à comprendre. Les auteurs prennent neuf ZFE régionales qui s’appliquaient déjà aux voitures particulières en 2023. Ils les comparent à 26 intercommunalités semblables, qui n’ont pas de ZFE. Ils regardent ce qui se passe trois ans avant la mise en place et deux ans après. L’écart entre les deux groupes, c’est l’effet propre de la ZFE.
La métropole du Grand Paris est sortie du calcul, parce qu’elle ne ressemble à aucune autre. Entre 2017 et 2023, douze agglomérations ont créé une ZFE : Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Rouen, Nice, Reims, Grenoble, Montpellier, Strasbourg, Saint-Étienne et Clermont-Ferrand. Les deux dernières ne visaient alors que les véhicules utilitaires.
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Ce que montre la vidéo
L’Insee a mesuré l’effet des ZFE : sur une baisse de 38,9 % des oxydes d’azote en cinq ans, les restrictions ne pèsent que 4,6 points.
Les chiffres qui dérangent
Voici la baisse des émissions des voitures sur cinq ans dans les ZFE régionales, et la part que l’Insee attribue aux restrictions :
- Oxydes d’azote : moins 38,9 %, dont 4,6 points dus à la ZFE ;
- Particules fines PM2,5 : moins 31,1 %, dont 1,4 point dû à la ZFE ;
- CO2 : moins 10 %, dont 1,7 point dû à la ZFE.
Autrement dit, sur les particules fines, la ZFE pèse moins d’un vingtième de la baisse. Les auteurs l’écrivent sans détour : « L’effet des ZFE reste toutefois faible par rapport au renouvellement tendanciel du parc. » La majorité du recul vient du durcissement progressif des normes Euro, qui s’applique partout, ZFE ou pas.

Un détail le montre bien. Sur dix ans, de 2014 à 2024, les particules fines des voitures ont baissé de 50,4 % dans les ZFE régionales et de 51,2 % en dehors. Les territoires sans restriction ont fait aussi bien.
Là où la ZFE agit vraiment : ta prochaine voiture
L’effet le plus net n’est pas dans l’air, il est dans le garage. Dans les ZFE régionales, la part des voitures Crit’Air 1 et électriques est passée de 8,7 % en 2015 à 42 % en 2025. Hors ZFE, elle est passée de 6,4 % à 31,7 %. Dans le Grand Paris, elle atteint 48,6 %.
Sur la fenêtre de cinq ans étudiée, le parc de Crit’Air 1 et d’électriques a augmenté de 88,4 % dans les ZFE. Sans ZFE, la hausse aurait été de 82,6 %, selon le scénario de comparaison de l’Insee. L’écart, 5,8 points, c’est la ZFE.
À l’autre bout, les restrictions accélèrent le départ des voitures anciennes. Elles retirent 4,5 points de plus au parc Crit’Air 3 et 5,5 points au parc Crit’Air 4. Le Crit’Air 2 recule de 4,3 % alors qu’il aurait dû progresser de 2,8 %. Si tu ne sais plus quelle vignette porte ta voiture, notre guide pour savoir si ta voiture peut circuler en ZFE fait le point en deux minutes.
Ce que la ZFE ne change pas
La ZFE ne fait pas lâcher la voiture. L’étude mesure un recul de 1,3 % du nombre de voitures en circulation deux ans après la mise en place. Les distances parcourues ne baissent pas de façon significative. Les trajets domicile-travail en voiture non plus.
Les gens gardent leurs habitudes, ils changent de véhicule. Et ils le font tôt : l’Insee note que les effets se voient dès l’annonce des restrictions par la loi d’orientation des mobilités de 2019, jusqu’à deux ans avant leur entrée en vigueur.

Autre constat, plus politique. L’effet des ZFE est plus marqué dans les communes à revenu intermédiaire ou modeste, là où les voitures étaient au départ plus vieilles et plus polluantes. C’est là que les restrictions ont forcé le plus de remplacements. Si tu es dans ce cas, l’aide pour une électrique d’occasion existe toujours.
Pourquoi cette étude tombe maintenant
Le Parlement avait voté la suppression des ZFE dans la loi de simplification de la vie économique. Le Conseil constitutionnel l’a censurée le 21 mai 2026, par sa décision 2026-903 DC : la mesure n’avait pas de lien suffisant avec le texte. Les ZFE sont donc toujours en vigueur, avec des règles qui varient d’une métropole à l’autre. Pour le calendrier ville par ville, consulte notre tableau des ZFE en France en 2026.
Le débat avait eu lieu sans chiffre. Il en a un désormais. Les partisans des ZFE y trouvent un effet réel et mesurable. Leurs opposants y trouvent un effet modeste, payé surtout par les ménages aux voitures les plus anciennes. Les deux lectures s’appuient sur les mêmes tableaux.
Ce qu’il faut retenir
- La pollution des voitures baisse fortement dans toutes les villes, avec ou sans ZFE.
- La ZFE ajoute 4,6 points sur les oxydes d’azote et 1,4 point sur les particules fines.
- Son vrai levier, c’est le renouvellement plus rapide des voitures anciennes.
- Elle ne réduit presque pas la circulation ni les kilomètres parcourus.
Source : Insee Analyses n° 124, « Les ZFE renforcent le verdissement du parc automobile et contribuent au recul de ses émissions polluantes », 27 août 2026. Conseil constitutionnel, décision n° 2026-903 DC du 21 mai 2026.
