Dimanche 20 septembre 2026, de 9 h 30 à 19 h, la voiture est interdite dans les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale : 161 km², plus de 1,2 million d’habitants, métro, tram et bus gratuits toute la journée. C’est la plus grande zone sans voiture d’Europe, et elle revient chaque année depuis 2002. La même semaine, la France fête la Semaine européenne de la mobilité. À Paris, la formule s’appelle Paris Respire : quatre arrondissements, un dimanche par mois, de 10 h à 17 h. Voici ce que Bruxelles fait vraiment ce jour-là, ce que ses capteurs mesurent, et pourquoi l’échelle change tout.
Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.
Ce qui se passe à Bruxelles le 20 septembre
Le principe tient en une phrase, celle de la Ville de Bruxelles : « de 9 h 30 à 19 h, toute la Région de Bruxelles-Capitale devient un immense espace dédié aux piétons, cyclistes et autres usagers de la mobilité douce ». Pas un quartier, pas un centre-ville : la Région entière, soit 161,38 km² et 1 255 795 habitants au 1er janvier 2025 selon l’institut statistique bruxellois. Pour te donner l’ordre de grandeur, Paris intra-muros fait 105 km².
Restent autorisés les transports en commun, les secours, les ambulances, la police, les taxis de station, et les véhicules munis d’un laissez-passer délivré par la commune. Les demandes devaient partir avant le 9 septembre. Tous ces véhicules roulent à 30 km/h maximum. Détail qui surprend : les vélos électriques dont l’assistance dépasse 25 km/h, les speed pedelecs, sont interdits eux aussi, parce qu’ils sont assimilés à des cyclomoteurs.
En échange, la STIB, l’opérateur des transports bruxellois, annonce « une offre renforcée et gratuite » sur tout le réseau. Tu montes dans le métro, le tram ou le bus sans ticket. C’est ce couplage, interdiction plus gratuité, qui fait tenir la journée : personne n’est coincé chez soi.

En vidéo · 59 secondes
Ce que montre la vidéo
Ses capteurs mesurent 79 % de dioxyde d’azote en moins. À Paris, Paris Respire couvre 4 arrondissements un dimanche par mois.
Ce que les capteurs mesurent quand la voiture s’arrête
Bruxelles Environnement publie chaque année le bilan de la journée, et c’est là que ça devient parlant. Pour l’édition du 21 septembre 2025, l’agence régionale a comparé ses stations de mesure à un dimanche moyen. Le monoxyde d’azote, le gaz qui sort du pot d’échappement, a chuté de 80 à 96 % selon les stations. Le dioxyde d’azote, celui qui abîme les bronches, a chuté de 66 à 79 %.
La station la plus exposée, rue du Régent, sur un des axes les plus circulés de la capitale, a mesuré 94 % de monoxyde d’azote en moins et 79 % de dioxyde d’azote en moins. Face à un jour de semaine, l’écart monte à 97 % et 86 %. Le dioxyde d’azote est responsable de 1 230 décès prématurés par an en Belgique, d’après les chiffres que reprend l’agence pour l’année 2022.
Le bruit suit la même courbe. Près de l’autoroute E40 à Woluwe-Saint-Lambert et de l’E411 à Auderghem, les micros ont relevé une baisse de 17,5 à 22,5 décibels, soit 99 % de la pression acoustique en moins. Sur des rues ordinaires comme la chaussée de Wavre ou l’avenue Houba de Strooper, la baisse va de 3,2 à 8 décibels, entre 50 et 84 % de pression sonore en moins. Un dimanche par an, une ville de 1,2 million d’habitants entend à quoi elle ressemble sans moteur.
Ce sont des mesures d’un jour, pas un bilan annuel. Le lendemain, tout revient. Mais aucune campagne de communication ne produit un chiffre aussi net que 79 % de dioxyde d’azote en moins, mesuré au bord de la route.
Et en France, la même semaine ?
Du 16 au 22 septembre, la France participe à la Semaine européenne de la mobilité, avec un thème officiel, « la mobilité pour tous ». On a regardé ce que ça donne dans le métro parisien dans notre article sur la Semaine de la mobilité et les 9 % de stations accessibles. La journée mondiale sans voiture tombe le mardi 22 septembre.
À Paris, la journée sans voiture à l’échelle de toute la ville a existé : la première s’est tenue le dimanche 27 septembre 2015. Depuis le 7 octobre 2018, la Ville a choisi une autre formule, permanente et plus petite : Paris Respire dans les 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements, chaque premier dimanche du mois, de 10 h à 17 h. Le boulevard de Sébastopol et les quais hauts restent ouverts aux voitures. La dernière édition documentée est celle du 3 mai 2026. Au 13 septembre, nous n’avons trouvé sur paris.fr aucune annonce d’une fermeture de tout Paris pour le 20 ou le 22 septembre 2026. Si elle arrive, on mettra cet article à jour.
La différence n’est pas une question de volonté, c’est une question d’échelle. Quatre arrondissements de Paris, c’est environ 5,6 km². La Région bruxelloise, c’est 161. Et la contrepartie parisienne n’existe pas : le métro n’est pas gratuit pendant Paris Respire. Pour te repérer dans ce que la capitale propose au quotidien, notre guide mobilité Paris 2026 fait le tour du métro, du vélo et de la trottinette.

Pourquoi l’échelle change tout
Fermer un quartier déplace le trafic vers le quartier d’à côté. Fermer une région entière le supprime, parce qu’il n’y a plus de contournement possible. C’est ce que montre l’écart entre la station Régent, en plein centre, et les micros posés le long des autoroutes E40 et E411, en périphérie : les deux baissent, et les autoroutes baissent le plus. Une fermeture partielle n’aurait jamais donné ce résultat en bordure de ville.
Le second levier, c’est la gratuité des transports. Sans elle, une interdiction régionale serait vécue comme une punition. Avec elle, la journée devient une invitation. Les Bruxellois sortent, roulent à vélo sur les boulevards, marchent au milieu des avenues. Et ils en veulent plus : d’après une enquête du collectif Les Chercheurs d’air publiée le 21 septembre 2025, la grande majorité des Bruxellois souhaite davantage de journées sans voiture.
Les villes françaises expérimentent d’autres formats : rues scolaires fermées aux heures d’entrée et de sortie, zones apaisées, centres piétonnisés. On les a passés en revue dans ZFE, piétonisation, urbanisme tactique : les villes se transforment. Ce sont des mesures permanentes, plus discrètes, qui ne produisent pas de chiffre choc mais qui restent. Les deux logiques ne s’opposent pas. Bruxelles fait les deux.
Si tu es à Bruxelles ce dimanche
Trois choses à savoir. Un, tu ne prends pas ta voiture entre 9 h 30 et 19 h, sauf laissez-passer obtenu auprès de ta commune, et dans ce cas à 30 km/h. Deux, ton vélo électrique classique, limité à 25 km/h, est le bienvenu ; un speed pedelec ne l’est pas. Trois, le métro, le tram et le bus sont gratuits, avec des fréquences renforcées. Le programme des activités par commune est publié sur le site de la Semaine de la mobilité bruxelloise.
Et si tu es en France, le rendez-vous le plus proche de cet esprit reste le premier dimanche du mois dans le centre de Paris. Le prochain tombe en principe le 4 octobre. Sans gratuité, sans autoroute fermée, mais avec le même silence, sur 5,6 km².
Sources : Ville de Bruxelles, page « Dimanche sans voiture » ; Mobilmix Brussels, « Journée sans voiture du 20 septembre 2026 » ; Bruxelles Environnement, « Bruxelles souffle avec le dimanche sans voiture », 23 septembre 2025 ; Institut bruxellois de statistique (IBSA), population au 1er janvier 2025 ; Sortiraparis, Paris Respire du 3 mai 2026 ; ministère de la Transition écologique, Semaine européenne de la mobilité 2026.
