Île-de-France Mobilités a annoncé le 10 septembre 2026 le premier projet régional de transport collectif sans conducteur. Le calendrier tient en quatre dates : choix de la stratégie fin 2026, appel d’offres en 2027, premier véhicule sur la route début 2028, plus de cent minibus autonomes à l’horizon 2030. Le budget monte jusqu’à 20 millions d’euros par an. Ce ne sont pas des robotaxis : ce sont des minibus d’une douzaine de places, pensés pour les lignes locales, les heures creuses et les zones mal desservies, et ils viendront en plus des bus existants, pas à leur place. Le paradoxe, c’est que deux navettes autonomes roulent déjà à Versailles depuis décembre 2018. Voici ce qui change vraiment, et ce qui ne change pas encore.

Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.

Ce qui a été annoncé le 10 septembre

Le communiqué d’Île-de-France Mobilités parle d’un « projet pilote de service de transport à la demande autonome », lancé début 2028, avec une généralisation visée en 2030. La phase pilote compte une vingtaine de véhicules de type minibus et minicar. France 3 Paris Île-de-France précise qu’ils accueillent une douzaine de passagers chacun. À l’horizon 2030, la flotte doit dépasser cent véhicules.

Le calendrier officiel, repris tel quel du communiqué :

Trois territoires sont candidats pour le premier déploiement : Paris-Saclay, Versailles Grand Parc et Saint-Quentin-en-Yvelines. Ils ont un point commun : ils ont déjà accueilli des expérimentations, et l’institut VEDECOM, partenaire d’Île-de-France Mobilités sur le véhicule autonome, est installé à Versailles.

Le budget annoncé atteint 20 millions d’euros par an. D’après ICI Paris Île-de-France, ce montant couvre l’achat des véhicules, leur entretien et un centre de supervision à distance. Valérie Pécresse, présidente de la Région et d’Île-de-France Mobilités, l’a dit en conférence de presse, d’après ICI Paris Île-de-France : « Notre ambition, c’est de devenir la référence des transports collectifs autonomes dans le monde ». La formule est ambitieuse pour une vingtaine de minibus en 2028. Elle dit surtout l’intention : structurer une filière, pas seulement acheter des véhicules.

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Ce que montre la vidéo

Où ils rouleront, pourquoi pas des robotaxis, et ce que les navettes de Versailles montrent déjà depuis 2018.

Pourquoi des minibus, et pas des robotaxis

Le choix est argumenté dans le communiqué, chiffre à l’appui. Île-de-France Mobilités cite le taux d’occupation des Waymo en Californie : 0,73 passager par véhicule en moyenne, 90 % des courses avec deux passagers ou moins, et seulement 3 % des véhicules avec quatre passagers. Autrement dit, un robotaxi transporte en moyenne moins d’une personne. Pour l’autorité organisatrice, ce modèle ajoute des voitures dans la rue et nourrit la congestion. Elle veut l’inverse : du collectif.

C’est la différence avec Londres, où un Uber peut être un robotaxi depuis le 3 septembre. Là-bas, une voiture, un client, un trajet. Ici, un minibus, une douzaine de places, une ligne locale ou un service à la demande. Le communiqué ajoute un constat qui explique le délai : « il n’existe pas, à date, de véhicules de série pour des navettes de transports collectifs en France ». Île-de-France Mobilités veut donc un logiciel de conduite autonome appliqué à une plateforme de véhicule européenne, et un centre de supervision. Elle ne dit pas encore avec qui.

Personne seule assise sur le banc d'un abribus vitré la nuit, photo en noir et blanc, immeuble éclairé derrière
Heures creuses, soirée, zones peu denses : c’est là que les minibus autonomes doivent arriver, pas sur les lignes saturées.

Où ils rouleront, et pour qui

Pas sur les grands axes. Le communiqué est net : le véhicule autonome viendra « en complément des services existants, sur des lignes moins fréquentées ou dans des zones peu denses et moins desservies, en heures creuses ou en soirée ». Concrètement, cela vise le transport à la demande, les bus locaux, les bus de soirée et de nuit. L’offre actuelle n’est pas modifiée.

Pour toi, ça veut dire quoi ? Si tu habites une commune de grande couronne où le bus passe toutes les heures après 20 h, c’est là que ces minibus ont vocation à arriver. Pas dans Paris, pas sur une ligne saturée. France 3 Paris Île-de-France évoque une intégration possible au forfait Navigo, ce qui serait logique pour un service organisé par Île-de-France Mobilités, mais rien n’est arrêté.

Un autre point reste ouvert : la présence ou non d’un agent à bord. La Clé publique, qui a analysé le projet le 14 septembre, rappelle que la loi française impose que les véhicules soient réceptionnés et que leur sécurité soit démontrée sur les itinéraires où ils circulent. La supervision à distance, prévue au budget, est ce qui permet de se passer d’un opérateur dans chaque véhicule. C’est aussi ce qui reste à prouver en conditions réelles.

Deux navettes roulent déjà depuis 2018

C’est le point que l’annonce ne met pas en avant. D’après Infos Yvelines, deux navettes électriques autonomes de 12 places, baptisées Framboise et Litchi, circulent sur le plateau de Satory à Versailles depuis le 10 décembre 2018. Elles sont exploitées par Transdev, en semaine de 8 h à 19 h, entre l’arrêt Cité des Cadres et les entreprises du site. Le service est gratuit et accessible aux personnes à mobilité réduite. La Clé publique donne leur bilan de première année : 10 463 kilomètres parcourus et 4 533 passagers transportés.

Plus récent : depuis le 17 novembre 2025, le service SQY Flex fait rouler deux minibus électriques de 10 places à Montigny-le-Bretonneux et Guyancourt, autour de la gare de Saint-Quentin-en-Yvelines, sur 22 arrêts, en semaine de 11 h 30 à 14 h 30. L’opérateur est Milla Group, l’essai dure un an et l’agglomération le finance à hauteur de 360 000 euros. Et avant cela, la RATP avait exploité une navette autonome au bois de Vincennes entre 2017 et 2022 : plus de 40 000 passagers et 11 000 kilomètres, sans incident de sécurité signalé.

Alors pourquoi 2028 ? Parce que ces services tournent sur des sites fermés ou des boucles courtes, à petite vitesse, sur des créneaux limités. Le projet régional vise autre chose : un service public, sur route ouverte, avec une flotte, un centre de supervision et un cadre d’achat en série. Si tu veux savoir où monter dans une navette autonome dès maintenant, le tour des sites ouverts au public en France est à jour.

Intérieur d'un bus vide de nuit, sièges gris et bleus au premier plan, barres jaunes et feux de la ville flous derrière
Un bus quasi vide après 20 h : c’est le trajet que le projet veut confier à un véhicule de douze places sans conducteur.

Ce qu’il faut juger d’ici 2028

Trois critères pour ne pas confondre annonce et service.

Le véhicule

Il n’existe pas aujourd’hui de minibus autonome de série produit en France. Île-de-France Mobilités dit préférer une solution européenne ou française quand c’est possible, d’après France 3. Le choix du constructeur et du logiciel se fera lors de l’appel d’offres de 2027. C’est la première marche, et elle n’est pas franchie.

Le coût par voyage

La Clé publique le note : aucune donnée de coût par trajet n’a été publiée, ni de comparaison avec un transport à la demande conduit par un humain. Or c’est l’argument central. Un minibus sans conducteur ne se justifie en heures creuses que s’il coûte moins cher qu’un bus classique à faible remplissage. Sans ce chiffre, 20 millions par an restent un plafond, pas un bilan.

La vitesse et l’itinéraire

Les navettes de Satory et de Vincennes roulaient sur des parcours contraints. Un bus local de soirée traverse des carrefours, croise des vélos et des livreurs. C’est ce que La Clé publique résume en une phrase : un véhicule qui sait suivre son itinéraire ne suffit pas pour exploiter un transport public, il faut aussi qu’il réagisse aux aléas du trafic. C’est ce que le pilote de 2028 devra montrer. Pour le reste, la question de quand un robotaxi arrivera à Paris reste entière : ce projet n’y répond pas, et il ne cherche pas à y répondre.

En résumé

Annonce datée du 10 septembre 2026. Premier minibus autonome début 2028, une vingtaine en 2029, plus de cent en 2030, jusqu’à 20 millions d’euros par an. Trois territoires candidats dans les Yvelines et l’Essonne. Un service en plus, sur des lignes peu fréquentées, jamais à la place d’un bus existant. Et deux navettes qui roulent déjà à Versailles depuis 2018, pour rappeler que la technologie n’est pas le seul obstacle : c’est le passage à l’échelle, sur route ouverte, qui reste à faire.

Sources : communiqué d’Île-de-France Mobilités du 10 septembre 2026 ; France 3 Paris Île-de-France ; ICI Paris Île-de-France ; Infos Yvelines ; La Clé publique, 14 septembre 2026.