Les déplacements professionnels représentent une source majeure d’émissions de CO2 pour les entreprises françaises. Selon l’Agence de la transition écologique (ADEME), les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels génèrent environ 55 % des émissions carbone liées à la mobilité en France. Face à cette réalité, les employeurs sont de plus en plus nombreux à mettre en place des plans de mobilité durable. Cet article vous propose des stratégies concrètes et efficaces pour réduire l’empreinte carbone de vos déplacements professionnels.
Comprendre l’impact des déplacements professionnels sur l’environnement
Avant d’agir, il est essentiel de mesurer l’ampleur du problème. En France, un employé qui se déplace en voiture individuelle entre son domicile et son lieu de travail émet en moyenne 1,8 tonne de CO2 par an pour un trajet de 20 km (aller-retour). Lorsque l’on considère l’ensemble des déplacements professionnels – réunions, déplacements clients, formations – ce chiffre s’élève considérablement.
Les secteurs les plus impactés sont :
- Le secteur des services (consultants, agents commerciaux) avec des trajets fréquents
- La construction et les travaux publics
- Les activités de transport et logistique
- Les secteurs de la vente et du commerce
Selon une étude de 2024, les entreprises qui ont implémenté un plan de mobilité durable ont réduit leurs émissions de 20 à 30 % en deux ans. C’est pourquoi investir dans cette démarche n’est pas seulement un enjeu environnemental, mais aussi un levier de compétitivité économique.
Mettre en place un diagnostic de mobilité efficace
La première étape pour réduire l’empreinte carbone consiste à diagnostiquer précisément la situation actuelle. Ce diagnostic doit répondre à plusieurs questions :
- Quels sont les modes de transport actuellement utilisés par vos collaborateurs ?
- Quelle distance moyenne parcourent-ils quotidiennement ?
- Existe-t-il des alternatives de transport viables ?
- Quels sont les freins au changement de comportement ?
Pour réaliser ce diagnostic, nous vous recommandons de :
- Mettre en place une enquête anonyme auprès de tous les salariés : elle doit couvrir les trajets domicile-travail, les trajets professionnels réguliers et les déplacements occasionnels
- Analyser les données de déplacement existantes : frais kilométriques, utilisation des véhicules de fonction, notes de frais
- Faire un audit technique : cartographie des transports en commun accessibles, existence d’itinéraires cyclables, parkings disponibles
Cette étape de diagnostic doit impliquer les collaborateurs. En effet, 73 % des salariés français déclarent être prêts à modifier leurs habitudes de déplacement si l’entreprise leur propose des alternatives attractives (données ADEME 2025).
Promouvoir les modes de transport durables
Les transports en commun : la solution prioritaire
Les transports collectifs restent la solution la plus efficace pour réduire les émissions. Une personne utilisant le bus ou le tramway quotidiennement émet 5 à 10 fois moins de CO2 qu’un automobiliste seul. Pour encourager leur utilisation, vous pouvez :
- Subventionner les abonnements : une prise en charge de 50 % à 100 % de l’abonnement RATP, SNCF ou réseaux régionaux
- Négocier des tarifs préférentiels avec les opérateurs locaux de transport
- Créer des points d’information au sein de l’entreprise pour communiquer sur les trajets et horaires
- Développer le télétravail : réduire le nombre de jours de présence permet de diminuer la fréquence des trajets
Le covoiturage et l’autopartage
Le covoiturage est une excellente alternative au transport individuel. En partageant un véhicule, une entreprise peut réduire ses émissions de 50 % pour chaque trajet mutualisé. Vous pouvez :
- Mettre en place une plateforme de covoiturage interne (via une application ou un tableau d’affichage)
- Offrir des places de parking prioritaires aux covoitureurs
- Créer une caisse commune pour partager les frais d’essence
L’autopartage (location de voitures partagées à l’heure ou à la journée) permet également de réduire les coûts pour l’entreprise tout en limitant les trajets en voiture personnelle. Des services comme Citiz, Zipcar ou les offres proposées par les loueurs traditionnels sont de plus en plus accessibles dans les grandes villes françaises.
La mobilité douce : vélo et trottinette
Pour les trajets de courte distance (moins de 5 km), les modes doux sont parfaitement adaptés. Ils présentent de nombreux avantages :
- Zéro émission de CO2
- Bénéfices pour la santé des collaborateurs
- Coûts d’infrastructure réduits
- Amélioration de la qualité de l’air
Pour promouvoir ces modes, vous pouvez :
- Créer ou améliorer les parkings à vélos sécurisés
- Proposer une aide financière à l’achat de vélos (jusqu’à 4 000 euros selon le gouvernement)
- Mettre à disposition des douches et vestiaires
- Participer aux événements comme « Octobre à vélo » ou « Cyclotourisme d’entreprise »
Optimiser les déplacements professionnels inévitables
Favoriser les réunions virtuelles
La crise sanitaire a démontré que de nombreuses réunions pouvaient se tenir en ligne sans perte de qualité. Généraliser les visioconférences pour les rencontres avec des partenaires éloignés permet d’éliminer complètement les trajets. En 2025, les outils collaboratifs (Teams, Zoom, Google Meet) sont suffisamment matures pour remplacer 60 à 70 % des réunions en présentiel.
Sélectionner les modes de transport pour les trajets inévitables
Quand un déplacement professionnel est nécessaire, il convient de choisir le mode le moins polluant :
| Mode de transport | Émissions CO2 (g/km/personne) | Cas d’usage |
|---|---|---|
| Train (TER/TGV) | 13-25 | Trajets régionaux et nationaux |
| Autobus | 45-70 | Trajets régionaux, déplacements de groupe |
| Voiture électrique | 50-80 | Trajets locaux en zone sans TC |
| Voiture essence (5 pers.) | 40-60 | Trajets en groupe, zones rurales |
| Voiture essence (1 pers.) | 200-250 | À éviter autant que possible |
| Avion | 150-250 | Trajets internationaux uniquement |
Nous recommandons de mettre en place une politique de déplacement professionnel qui hiérarchise les moyens de transport selon leur impact carbone. Par exemple : privilégier le train pour les trajets jusqu’à 4 heures, autoriser l’avion uniquement pour les destinations lointaines, etc.
Intégrer les véhicules électriques et hybrides
Si votre entreprise dispose de véhicules de fonction ou d’une flotte automobile, la transition vers l’électrique est essentielle. Un véhicule électrique émet 3 fois moins de CO2 qu’un véhicule essence sur l’ensemble de son cycle de vie (fabrication, utilisation, fin de vie).
Les mesures à mettre en place :
- Installer des bornes de recharge sur le parking de l’entreprise (aides gouvernementales disponibles : ADVENIR, MaPrimeRénov’)
- Convertir progressivement la flotte : viser 100 % de véhicules électriques d’ici 2030
- Former les conducteurs à l’écoconduite et à l’utilisation des véhicules électriques
- Mettre en place un système de suivi consommation/émissions
À titre informatif, un véhicule électrique génère environ 50 g de CO2/km (en tenant compte du mix énergétique français), contre 180 g pour une voiture essence.
Mesurer les résultats et maintenir la dynamique
Pour garantir le succès de votre plan de mobilité, il est crucial de mettre en place des indicateurs de suivi :
- Émissions carbone totales : exprimées en tonnes de CO2 équivalent par an et par salarié
- Répartition modale : pourcentage de trajets effectués par chaque mode de transport
- Nombre de kilomètres parcourus : suivi de la baisse progressive
- Satisfaction des collaborateurs : enquête annuelle pour évaluer l’adhésion aux mesures
- Économies réalisées : réduction des frais kilométriques et carburant
Nous recommandons une communication régulière sur ces résultats : tableaux de bord affichés en interne, newsletters trimestrielles, événements de sensibilisation. L’implication des collaborateurs est primordiale : 85 % des salariés sont plus motivés quand ils voient les résultats concrets de leurs efforts.
Conclusion et appel à l’action
Réduire l’empreinte carbone des déplacements professionnels n’est plus une option : c’est une nécessité économique, réglementaire et éthique. Les entreprises qui s’engagent dans cette démarche bénéficient d’une meilleure image, d’une réduction des coûts et d’une augmentation de la motivation de leurs collaborateurs.
Vous qui lisez ces lignes, que vous soyez responsable mobilité, DRH ou direction générale, n’attendez plus pour lancer votre diagnostic de mobilité. Commencez par une étape simple : sondez vos collaborateurs pour connaître leurs besoins réels, identifiez les alternatives de transport disponibles dans votre région, puis pilotez progressivement votre transition.
L’ADEME propose des aides et des accompagnements pour les entreprises engagées dans cette démarche. Consultez leur plateforme dédiée et lancez dès aujourd’hui votre plan de mobilité durable. L’avenir de nos villes en dépend.
