Depuis le jeudi 3 septembre 2026, un Londonien qui commande un UberX peut se voir proposer une Ford Mustang Mach-E qui se conduit toute seule. Même tarif que la course classique, pas de pourboire demandé. Un chauffeur de sécurité reste au volant, prêt à reprendre la main. À Paris, rien de tel n’existe : Waymo a bien créé une filiale française en juin, mais aucune voiture ne roule. Voilà où en est l’Europe des robotaxis, ville par ville.
Le résumé en 1 min 30, si tu préfères écouter.
Ce qui roule à Londres depuis le 3 septembre
Uber et la société britannique Wayve ont ouvert le service le 3 septembre, d’après l’agence AP et le site spécialisé electrive. La flotte de départ compte « moins de vingt véhicules », selon Sarfraz Maredia, responsable des véhicules autonomes chez Uber, cité par AP. Ce sont des Ford Mustang Mach-E électriques équipées du logiciel de conduite de Wayve.
Le fonctionnement est simple. Tu ne peux pas commander un robotaxi. Tu réserves un UberX, un Uber Electric ou un Uber Comfort, et l’application peut te proposer une voiture Wayve. Tu acceptes ou tu refuses, sans surcoût. Plus de cent quarante mille utilisateurs avaient déjà activé cette option dans l’application le jour du lancement, d’après electrive. Le service couvre toute l’agglomération londonienne, aéroports exclus.
Ce que tu ne verras pas dans les photos officielles : la personne assise à la place du conducteur. Un chauffeur formé et titulaire d’une licence Transport for London reste à bord de chaque voiture. Il peut saisir le volant ou freiner à tout moment, et c’est lui qui porte la responsabilité légale du trajet.

En vidéo · 58 secondes
Ce que montre la vidéo
Zagreb a ouvert en août, Munich vise 2027 avec Waymo. À Paris, Waymo France existe depuis juin, sans aucune voiture.
Pourquoi ce n’est pas encore un vrai robotaxi
Un robotaxi, au sens de Waymo aux États-Unis, roule sans personne à l’avant. Ce que Londres a lancé, c’est une conduite autonome supervisée. Le cadre britannique impose un chauffeur de sécurité pendant la phase pilote. Interrogé par AP sur la date d’un service sans chauffeur, Sarfraz Maredia a répondu que « ce processus est encore en cours », sans donner de calendrier.
La différence n’est pas un détail pour le modèle économique. Tant qu’un salarié reste au volant, le robotaxi coûte autant qu’un VTC classique, plus le logiciel et les capteurs. Le prix identique affiché à Londres est donc un choix commercial, pas le reflet du coût réel.
Pour comprendre les cinq niveaux d’autonomie et pourquoi le passage du niveau 2 au niveau 4 change tout, lis notre décryptage de la réglementation du véhicule autonome en France et en Europe.
Zagreb en août, Munich en 2027 : l’Europe avance ville par ville
Londres n’est pas la première. Uber a lancé son premier service commercial européen à Zagreb, en Croatie, en août 2026, avec un opérateur local et le chinois Pony.ai. Là aussi, un chauffeur de sécurité reste obligatoire, rappelle AP.
Munich sera la première ville de l’Union européenne pour Waymo. La filiale de Google a annoncé fin août, d’après Euronews, que ses Jaguar I-PACE commenceraient à cartographier les rues de la ville dans les semaines suivantes, avec un conducteur humain. Le service commercial sans chauffeur est visé pour la fin 2027. L’Allemagne dispose d’une loi sur la conduite autonome dans le trafic quotidien depuis 2021, ce qui explique le choix de Munich plutôt que Paris.
Waymo arrive avec un bagage : plus de vingt millions de trajets réalisés et plus de trois cent cinquante millions de kilomètres sans intervention humaine, selon les chiffres repris par Euronews. Aux États-Unis, l’entreprise opère sans chauffeur dans quatorze villes, d’après AP. Elle conserve pourtant des chauffeurs de sécurité dans les villes à hiver rude : la neige et le verglas restent un problème pour les capteurs.
Waymo, Tesla et Baidu ne jouent pas le même jeu. Notre comparatif des trois leaders mondiaux du véhicule autonome explique qui est réellement en avance.

Et Paris ? Une filiale, dix mille euros, zéro voiture
Le 23 juin 2026, Waymo a démarré l’activité d’une société baptisée Waymo France, immatriculée le 29 juin au Registre national des entreprises, d’après Maddyness. Capital social : dix mille euros. Adresse : 95 rue de la Boétie, dans le 8e arrondissement de Paris. Objet déclaré : « fournir des services de transport à la demande à l’aide de véhicules autonomes ».
C’est un signal, pas un service. Aucune date, aucune flotte, aucun partenaire n’a été annoncé. La réglementation française autorise les expérimentations de niveau 4 depuis l’été 2022, mais uniquement sur des parcours définis et validés. Un robotaxi qui va où le client veut dans tout Paris n’entre pas encore dans ce cadre.
Deux autres obstacles pèsent. Le premier est politique : les taxis et les VTC parisiens ont déjà montré, lors des conflits sur les licences, qu’ils savaient bloquer la capitale. Le second est technique : les rues étroites, les livraisons en double file et les trottinettes rendent Paris plus difficile à lire qu’une grille américaine. Londres pose le même problème, et c’est précisément pour cela que Wayve, qui apprend la conduite par l’exemple plutôt que par cartographie fine, a été choisie.
Nous avions posé la question en début d’année : quand et comment les robotaxis arriveront à Paris. La création de Waymo France ne change pas la réponse de fond. Le scénario le plus probable reste un premier périmètre fermé, aéroport ou quartier d’affaires, avant toute ouverture à la rue.
Ce que ça change pour toi
Si tu passes à Londres, tu peux vivre l’expérience sans rien faire de spécial : active l’option dans l’application Uber, commande un UberX, et regarde si une Mustang Mach-E se présente. Le prix ne bouge pas. Tu peux refuser la proposition si l’idée te gêne.
Si tu vis à Paris, le bon réflexe est de ne pas croire les annonces trop vite. Une filiale immatriculée n’est pas une autorisation, et une autorisation d’expérimentation n’est pas un service. Uber et Wayve ont annoncé leurs essais londoniens le 10 juin 2025, pour un lancement promis « au printemps 2026 ». Le service a ouvert le 3 septembre 2026, avec un humain toujours au volant au bout du compte. Compte au moins ce délai pour Paris, à partir du jour où une première annonce datée y sera faite.
Sources : dépêche AP du 3 septembre 2026 reprise par TechXplore, electrive du 3 septembre 2026, Euronews du 26 août 2026, Maddyness du 6 juillet 2026.
