Une voiture électrique louée 150 € par mois, entretien et pneus compris, pour un million de ménages modestes d’ici 2035. C’est ce que prévoit la proposition de loi n° 3375, déposée à l’Assemblée nationale le 20 octobre 2026 par 37 députés emmenés par l’écologiste Christine Arrighi. Rien n’est voté. Mais le texte dit tout haut ce que trois éditions du leasing social ont montré : le guichet ouvre, sature, ferme, et les plus modestes restent sur le quai.
Le résumé en 77 secondes
Ce que propose le texte, en clair
L’idée tient en une phrase : faire pour la voiture électrique ce que la France fait déjà pour le logement social. Un parc public, des loyers encadrés, des locataires qui se succèdent.
- Le propriétaire : la Caisse des dépôts achète, finance et détient les voitures. Elles restent dans le patrimoine public jusqu’à leur revente.
- Le gestionnaire : des opérateurs publics ou privés, choisis par délégation de service public. Ils remettent les clés, encaissent les loyers et supportent le risque d’impayés.
- Le loyer : 150 € par mois en moyenne, hors assurance, en valeur 2026, puis indexé sur l’inflation hors tabac.
- Ce qu’il couvre : la voiture, l’assistance, l’entretien et les réparations courants, le remplacement des pneus.
- La durée : chaque voiture peut rester jusqu’à 144 mois dans le parc, soit 12 ans, et passer d’un ménage à l’autre.
- Le calendrier : premiers achats à partir du 1er janvier 2028, un million de voitures au plus tard le 31 décembre 2035.

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Ce que montre la vidéo
La proposition de loi n° 3375 veut un parc public d’un million de voitures électriques louées 150 € par mois aux ménages modestes d’ici 2035. Ce qu’elle prévoit, et ce qui bloque.
Qui y aurait droit
Le texte vise les ménages des cinq premiers déciles de revenus, c’est-à-dire la moitié la moins aisée du pays. Le plafond exact, en revenu fiscal de référence par part, serait fixé chaque année par arrêté. Il n’existe donc pas encore de chiffre à comparer avec ta feuille d’impôt.
Deux verrous changent la donne par rapport à l’existant :
- Au moins 50 % des contrats de chaque gestionnaire iraient aux trois premiers déciles, les 30 % les plus modestes.
- Le travail n’est plus le seul motif. L’attribution tiendrait compte des transports collectifs disponibles, des horaires, de la recherche d’emploi, des soins, de l’aide à un proche ou de l’accès aux services publics. Un barème national classerait les demandes.
Les gestionnaires n’auraient pas le droit de trier les dossiers selon la solvabilité. Et pour chaque contrat signé avec un ménage des trois premiers déciles, ils toucheraient 400 € pour l’accompagner : montage du dossier, prise en main, installation d’une solution de recharge.
Pourquoi le leasing social ne suffit plus, selon ses auteurs
L’exposé des motifs refait l’histoire des trois éditions. Les chiffres qu’il cite sont parlants.
- 2024 : 90 000 demandes, 50 000 dossiers validés, le double du volume prévu. Le guichet a fermé au bout de six semaines. Coût estimé : environ 650 millions d’euros. Seuls 40 % des bénéficiaires appartenaient aux trois premiers déciles.
- 2025 : aide plafonnée à 7 000 €, enveloppe de 350 millions d’euros financée par les certificats d’économies d’énergie, 50 000 voitures atteintes en janvier 2026. 45 % des bénéficiaires dans les trois premiers déciles.
- 2026 : troisième édition ouverte le 16 juillet, 401 millions d’euros pour au moins 50 000 foyers, plafond porté à 16 880 € de revenu fiscal par part.
Le dernier point d’étape connu date du 22 septembre : 34 000 dossiers sur 50 000, selon le ministre de l’Économie, avec des loyers qui démarrent à 94 € par mois. On l’a détaillé dans notre article sur les 16 000 voitures restantes du leasing social.
Alors pourquoi changer ? Les députés pointent quatre failles. Le dispositif n’a aucune base dans la loi et change de règles chaque année. Les plus précaires en restent écartés, à cause de l’assurance et des critères de solvabilité des loueurs. Les constructeurs s’en servent pour écouler les modèles qui se vendent mal. Et au bout de trois ans, le locataire doit rendre la voiture ou la racheter : pour un ménage modeste, retour à la case départ.

Combien ça coûterait, et qui paierait
Le texte table sur un prix catalogue moyen de 20 000 € par voiture, avec une remise d’au moins 25 % négociée par la commande publique. Soit un coût d’achat moyen plafonné à 15 000 €. C’est le niveau des citadines électriques les moins chères, comme on l’a vu avec la Spring et la future 2CV électrique.
Fais le calcul : un million de voitures à 15 000 €, cela représente 15 milliards d’euros d’achats sur huit ans. Le texte ne les inscrit pas au budget de l’État. La Caisse des dépôts porterait l’emprunt, avec un encours qui monterait à environ 8 milliards d’euros pendant la constitution du parc, puis baisserait grâce aux loyers et aux reventes.
L’État verserait une subvention annuelle d’équilibre, avec un montant de référence de 350 millions d’euros, jusqu’au remboursement complet. Ensuite, le service devrait s’autofinancer. Sur chaque loyer, 400 € par voiture et par an iraient aux garages de proximité chargés de l’entretien, agents de marque comme réparateurs indépendants.
Les voitures concernées : petites, européennes si possible
Pas de SUV lourd dans ce parc. Les voitures devraient être 100 % électriques et peser moins de 1 800 kg en ordre de marche, sauf véhicule adapté au handicap. Elles devraient aussi atteindre le score environnemental exigé pour les aides à l’achat, le même que celui qui conditionne déjà le bonus. On t’expliquait récemment comment l’éco-score est calculé.
Le texte demande enfin une préférence pour les voitures assemblées dans l’Union européenne, avec une part importante de batterie et d’électronique européennes, dans les limites du droit européen.
À la sortie du parc, le dernier locataire aurait un droit de priorité pour racheter sa voiture à sa valeur résiduelle, fixée par une évaluation indépendante.
Ce qui va se passer maintenant
Garde la tête froide. Ce texte est une proposition de loi d’opposition. Il a été renvoyé à la commission du développement durable, et aucune date d’examen n’est fixée. Pour qu’il arrive en séance, il faudrait le plus souvent qu’un groupe l’inscrive dans sa journée réservée, puis qu’il passe le Sénat.
Autrement dit, si tu as besoin d’une voiture électrique abordable cet hiver, c’est toujours le leasing social de 2026 qui compte, tant qu’il reste des places. Le parc à 150 € par mois, lui, ne commencerait au mieux qu’en 2028.
Sources : proposition de loi n° 3375 visant à créer un parc social d’un million d’automobiles électriques à loyer modéré, texte et exposé des motifs publiés par l’Assemblée nationale (20 octobre 2026) ; Automobile Propre (21 octobre 2026) ; bilan d’étape du leasing social communiqué par le ministère de l’Économie le 22 septembre 2026.
